Boutiques juridiques, conseils gratuits, actions en ligne… La nouvelle génération réinvente le métier

Avec sa grande vitrine sur le boulevard de Grenelle (Paris 15e), le cabinet ressemble à une agence immobilière ou à une banque. C’est pourtant bien une aide juridique que viennent chercher ceux qui franchissent la porte de l’Agence des nouveaux avocats (AGN). Des logos renseignent sur chacun des services pratiqués, et les prix sont affichés à l’accueil : les inventeurs d’AGN misent sur la transparence. Loin des ambiances feutrées des immeubles haussmanniens occupés par leurs confrères… « Nous avons cherché à tuer le mythe de l’avocat inaccessible financièrement et physiquement », résume Frédéric Moréas, cofondateur d’AGN avec Philippe Charles. L’initiative fait tousser certains avocats, mais a été validée par le barreau parisien. La première agence, ouverte il y a moins de deux ans, affiche une croissance annuelle à trois chiffres. Et une deuxième boutique vient d’ouvrir ses portes à Levallois-Perret.

« Dans un cadre informel et autour d’un apéro »

Rendre leur profession plus accessible, c’est aussi le but de Fabrice Epstein et de Benjamin Chouai. Les deux fondateurs du cabinet Saul associés proposent une offre de conseils pluridisciplinaires à destination des entrepreneurs. Des avis qui ont la particularité d’être… gratuits. «En travaillant avec des jeunes pousses, nous nous sommes aperçus que les créateurs d’entre-prise, confrontés à des problèmes de budget, avaient tendance à sacrifier leurs dépenses juridiques », explique Benjamin Chouai.

Deux jeudis par mois, la Saul Factory investit donc les locaux de plusieurs PME innovantes dans le 2e arrondissement de Paris. Des rencontres sont organisées avec « des professionnels du droit, des experts-comptables, et des geeks ». Tout cela, dans « un cadre informel et autour d’un apéro », sourit Benjamin Chouai. Des conseils qui pourront éventuellement être facturés une fois que l’entreprise est mise sur les rails. «Il s’agit avant tout d’une démarche éthique, sans arrière-pensée commerciale », assure l’avocat. Autre idée pour faire bouger les lignes : actioncivile.com propose de mener des actions judiciaires collectives sur Internet. Il permet aux justiciables victimes d’une même pratique commerciale de s’unir pour porter plainte, quel que soit le montant du préjudice. « Les entreprises ont parfaitement conscience que toute action en justice implique un coup financier sans commune mesure avec les indemnités de réparation, explique Jérémie Assous, cofondateur du site avec Jeremy Oinino. Comme l’inscription est gratuite, cet obstacle disparaît, ce qui inverse totalement le rapport de force. » La première plate-forme en ligne lancée par les deux compères, demanderjustice.com, avait eu maille à partir avec l’ordre des avocats de Paris. Cette nouvelle mouture n’a, en revanche, été l’objet d’aucune contestation. Assous, qui a été l’avocat d’Isabelle Adjani, s’est même offert le soutien de plusieurs ténors du barreau, comme Thierry Lévy ou Eric Dupond-Moretti. Pour son premier recours collectif contre les banques, le site est parvenu à fédérer 148.000 utilisateurs.

GASPARD DELHEMMES – Le Journal du Dimanche 07/09/2014

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